
Allô docteur, j'me sens pas bien !
— Bonjour docteur, je viens vous consulter aujourd’hui parce que je me sens un peu patraque en ce moment. Et il se passe des choses étranges dans mon entourage également. On ne peut pas dire que ce soit la grande dinguerie. J’ai besoin de connaître votre avis et surtout d’obtenir quelques remèdes efficaces.
— Ne paniquez pas ! Vous souffrez simplement de quelques pathologies communicantes courantes. Heureusement, il existe des traitements… Commençons le diagnostic.
Par Mary Mackay, responsable de la communication interne de Pays de Montbéliard Agglomération, membre du Comité de pilotage de Cap'Com, et Reynald Tuillet, responsable communication de la ville d'Arâches-la-Frasse.

La majusculose
Symptômes : une tendance irrépressible à écrire TOUS LES MESSAGES IMPORTANTS EN MAJUSCULES, pensant que cela capte mieux l’attention alors que le lecteur y verra plutôt un message codé de l’apocalypse.
Remède : un abonnement à un club de calligraphie : les pleins et les déliés, rien de mieux pour adoucir les traits. Si les symptômes persistent, prendre TypoZen 500 mg : permet d’accepter qu’une bonne hiérarchisation visuelle vaut mieux qu’une EXPLOSION VISUELLE D’AGRESSIVITÉ TEXTUELLE.
— Ah, la bonne vieille majusculose… Un classique.
— Je vais essayer… Mais je peux garder les majuscules pour les urgences ?
— Avec parcimonie. Mais un jour, il faudra accepter que « URGENT : croissants gratuits à la cafétéria » n’est pas une information vitale.
La crise de pixellose
Symptômes : le patient souffre de convulsions à la vue d’un logo en basse résolution ou de spasmes oculaires sous forme de grilles de pixels qui apparaissent en fermant les yeux. Parfois associé au virus du briefsclérosantinum (transpiration excessive face à une demande de « quelque chose de simple, mais percutant, pas trop chargé, mais impactant, bref : du sobre mais élégant »).
Remède : séance de relaxation contemplative monochromique et droit de veto sur les briefs flous. Si vous souffrez de crise de pixellose, éloignez-vous immédiatement de tout fichier en .PNG 72dpi et consultez un graphistopracteur. Ce médecin prend en charge spécifiquement toutes les pathologies liées à la péhaose et à la maquettole. Comme évoqué précédemment, le graphistopracteur soigne la pixellose, mais aussi la fontopathie, le RVBlues et, surtout, il s’occupe des campagnes de prévention de la comicalite sans MS. Certains graphistopracteurs sont même spécialistes en illustropathie.
— Mais… c’est une épidémie, docteur !
— Hélas oui. Trop de patients sont encore exposés à des fichiers Word contenant des logos collés au hasard et déformés…
La transparencite aiguë
Symptômes : un besoin pathologique de tout expliquer en long, en large et en PowerPoint. Souvent observée dans les services publics qui publient des rapports de 300 pages pour justifier l’implantation d’un banc public. À décliner ensuite en 360° dans toute la ville.
Remède : un bon dircomologue saura parfaitement vous aiguiller et vous raisonner en régulant votre trop-plein d’envie de bien faire et d’en mettre plein les mirettes avec un traitement à base de Nenousemballonspase 200 mg. Mais il s’occupe de nombreuses autres pathologies, et plus particulièrement des cas de budgétite et de managérose aiguës. Maillon le plus haut de la chaîne médicale communicante, le dircomologue fait foi dans les décisions. À noter que ses diagnostics et traitements diffèrent souvent de ceux du dircabologue, ce qui a tendance à créer quelques tensions au sein de la chaîne médicale.
— Mais… et si les citoyens demandent plus d’infos ?!
— On leur fait un résumé ou on varie les supports, mais pas une thèse de doctorat !
La rédactorrhée expansite
Symptômes : incapacité à rédiger un communiqué de presse de moins de 1 500 mots. Conviction profonde que chaque idée doit être expliquée avec six synonymes, les verbatims de l’élu concerné, du directeur, du technicien voire de l’usager. Elle est souvent associée à un besoin irrépressible de relancer un journaliste toutes les 12 heures et à une angoisse existentielle face à un mail resté sans réponse.
Remède : une initiation à la sobriété éditoriale et au langage clair avec un attachédepressopathe et la guérison est assurée ! Spécialiste médical des relations avec les médias et journalistes, l’attachédepressopathe s’occupe essentiellement des communicoses et des conférenciolites, bien que son rôle ne doive pas être réduit à cela : c’est aussi un urgentiste chevronné, prenant en charge des cas aigus de désinfox et de rumeurologie.
À combiner avec le prisedevuologue, spécialiste médical de terrain. Souvent sollicité par ses confrères médecins, le prisedevuologue soigne ses clichés et l’image de sa collectivité. Il lui arrive régulièrement de traiter des cas de floutose, saturatite et malcadragie. De petites pathologies qu’il guérit sans problème dans sa Lightroom. Il est aussi particulièrement attentif aux cas de créditose. À noter que le prisedevuologue est particulièrement apprécié du dircabologue.
— Vous me faites un peu flipper, docteur… Parce que c’est pas tout…
Le syndrome de la stratégite aiguë
Symptômes : tendance à tout vouloir « aligner sur les objectifs globaux de la collectivité », même le choix de l’implantation de la machine à café. Refus de prendre une décision sans un plan en cinq axes et un PowerPoint de 60 diapositives.
Remède : thérapie de terrain avec immersion en open space et obligation de répondre « oui » ou « non » à une question sans dire « ça dépend ». Recours à un chargé de communicologue en thérapie de première intention, souvent le premier maillon de la chaîne médicale et le plus répandu. Sa polyvalence en fait un généraliste traitant de nombreuses pathologies et spécialités en l’absence de ses confrères : graphistopractie, cominternologie, socialthérapie… Il excelle en plandecomologie et prend en charge sans problème la stratégite sur de nombreux projets. Il reste vigilant en cas d’épidémie de budgétite.
L’hyperfestivite maligne
Symptômes : surexcitation chronique à l’approche des événements, rendant capable d’organiser une inauguration de photocopieur avec un buffet traiteur et un ruban à couper.
Remède : consulter au plus vite un cominternologiste qui saura vous prescrire le traitement adéquat à base d’Happy Caps et de Coulraoule en goutte. Spécialiste des organes internes, il prend en charge plus précisément la sinistrose et la cohésiole. Bien que spécialiste de la chaîne médicale communicante, le cominternologiste est aussi un généraliste consulté par de nombreux confrères directologues de la collectivité pour soigner le bien-être et l’intégration de leurs agents. C’est un référent de la séminairologie et de l’acculturapie.
Le trouble de la notificationite chronique
Symptômes : incapacité à ignorer le bip d’un réseau social ou le petit point rouge sur une application. Réflexe pavlovien de répondre aux commentaires, même en pleine nuit.
Remède : thérapie d’éloignement progressif des écrans et prescription d’un Nokia 3310 pour le week-end. Traitement à base de télégraphe (et pas de Telegram) dans les cas les plus extrêmes. Le communitologue ou socialthérapeute peut aussi vous accompagner : spécialiste récent de la chaîne médicale communicante, souvent déconsidéré par ses pairs, il a des domaines d’intervention pourtant très nombreux et méconnus : facebookologie, instagramite, youtioubose, linkeudine et tiktokrapie. Le communitologue ou socialthérapeute est rapidement confronté à des pathologies anxiogènes comme la trollite, et traite de nouvelles maladies venant d’autres continents comme la broutose d’Afrique de l’Ouest.
— Mais, mais… faut bien maintenir l’engagement !
— Certes, mais il vous faut, d’abord et avant tout, maintenir une bonne santé ! Bon, vous voyez, tout n’est pas perdu ! Avec un bon traitement, vous pourrez survivre à la prochaine échéance.
— Mais docteur… et si je veux juste liker un commentaire ?
— Oula… Votre cas est plus grave que je ne le pensais. On va augmenter la dose.
Illustration IA sur Ideogram.